🏃 Le Fernando, sans Fernand
Aujourd’hui, les joggeurs du dimanche n’ont pas couru un entraînement comme les autres.
Deux semaines après son dernier passage au bord de la piste, Fernand nous a quittés. Et ce dimanche, pour notre premier entraînement sans lui, on a décidé de faire ce qu’il aurait voulu : sortir le « Fernando ».

Pour ceux qui ne connaissent pas encore cette pyramide en fractionnés, la règle est simple et sans compromis, exactement comme Fernand l’exigeait : chaque répétition se court le plus vite possible. La récupération se trotte, jamais ne se marche. Et si jamais quelqu’un craque et se met à marcher, la conséquence est immédiate : la répétition suivante se court moins vite. Pas de punition, pas de leçon de morale, juste la logique implacable de l’effort que Fernand avait installée depuis des années sur cette piste.
C’est exactement comme ça qu’il voulait que ses athlètes le vivent. Pas de triche, pas de raccourci, mais une forme de justice sportive où chacun gère son effort en conscience.
Il y a quelques années, en pleine compétition, en plein effort, j’ai eu besoin d’une réponse immédiate. Et c’est vers lui que je me suis tourné, sans hésiter une seconde. Fernand avait cette qualité rare : une tête capable d’analyser une course en cours, à chaud, avec un calme et une précision qui ne trompaient jamais. On ne le questionnait jamais pour la forme. On le questionnait parce qu’on savait qu’il avait la réponse juste, celle qui venait d’années à observer, mémoriser, comprendre la course sous toutes ses formes. C’est cette image-là qui nous est revenue en tête sur la piste ce dimanche.
Sur la piste, entre deux répétitions, il y a eu beaucoup de silences. Des silences qui en disaient long. Fernand n’était plus là pour commenter chaque foulée avec sa mémoire d’éléphant du sport, pour rappeler le chrono de telle course il y a cinq ans ou glisser le mot juste au bon moment. Mais son exercice, lui, était bien là, et avec lui toute sa rigueur, toute sa bienveillance exigeante.
Le groupe des joggeurs du dimanche a couru dans une forme d’unité silencieuse. Chaque répétition à fond, chaque récup trottinée comme il se doit, mais avec quelque chose de plus fort que d’habitude : une empathie partagée, un même souffle entre tous, une séance dure vécue ensemble plutôt que subie chacun pour soi. Comme il les aimait. Portée par une pensée commune qui n’a pas eu besoin d’être dite à voix haute.
Le « Fernando » continuera à vivre sur cette piste. À chaque pyramide, on pensera à lui. Et on la fera bien, comme il nous a appris à la faire.
Merci Fernand.





